Je ne résiste pas à l'invitation si gentiment lancée par Alhya et me livre avec bonheur à l'exercice égocentrique et introspectif du questionnaire des années en 2 et en 7. C'est si bon de se regarder le nombril qu'il n'y a pas de raison de se priver. Et puis comme je porte pas beaucoup de pantalons taille basse et de tops courts, si moi je me le regarde pas l'ombilic qui c'est qui va le faire ?
1982
J'ai 4 ans. Heureusement pour moi je ne garde aucun vrai souvenir de cette époque où mes parents s'arrachaient les cheveux par poignées. La légende familiale veut que je sois une petite fille assez (on notera l'euphémisme) autoritaire et au caractère plutôt trempé (mon père dirait “chiante” mais il en rajoute toujours). Je suis en moyenne section de maternelle mais dans une classe à 2 niveaux et je refuse catégoriquement de coudre un fil de laine autour d'une poire en carton que je devrais en plus découper (“c'est un truc de bébé”), ma maîtresse de l'époque tient bon au bras de fer pendant 2 semaines en me privant de toute autre activité manuelle tant que je n'aurai pas réalisé ma poire. Elle finit enfin par se déclarer vaincue et me promet que si je fais cette foutue poire je pourrais suivre avec les grands. Je m'exécute dans la minute et le bout de carton vert bordé de laine rose est toujours chez mes parents qui le gardent comme une preuve irréfutable de mon caractère de cochon. C'est aussi le moment où je mets au défi mon Tonton Jean d'arrêter de me tester sur des figures géométriques un peu trop fastoches et de me réaliser un rond-carré. Une sale môme quoi. Dont j'aurais probablement une copie conforme à la maison si Pimprenille continue d'accomplir la prophétie familiale.
1987
Je suis en émoi devant mon premier maître d'école (pareil qu'une maîtresse mais avec des poils, ça fait une grosse différence quand on a 9 ans). Le CM1 s'annonce torride. Mais... ce traître, ce fourbe, ce sournois me jette de sa classe au bout de 10 jours en prétextant que je serai plus à mon aise en CM2. Tu parles !! Je me retrouve avec une maîtresse sans poils, je ne comprend rien aux fractions (je garde pas mal de séquelles à ce sujet), et me fait bizuter toute l'année par mes nouveaux camarades. Toutes les filles de la classe sont amoureuses d'Alexandre Bourdon, ou Frelon, j'ai oublié son nom (Alexandre si tu passes par là...), et moi il me balance à bout de bras dans le bac à sable mouillé et me fait faire ses exercices de maths. Je hais ma date de naissance qui fait toujours rigoler et je décide que je passerai la prochaine décénnie à être plus vieille d'au moins un an.
1992
Le collège est enfin terminé. J'efface à tout jamais cette période de binoclarde brillante mais mal dans sa peau de ma mémoire et trouve enfin ma place au lycée (adieu la cambrousse vive la grand-ville) auprès des redoublantes de 2de. Je ne fous plus rien à l'école, je ne me souviens d'aucun prof tellement je les ai peu vus, je passe mes journées au Verlaine (troquet derrière le lycée où le café est immonde mais coûte 2 francs 50) à refaire le monde, fumer des Camel et chanter Sunday Bloody Sunday. A la fin de l'année, quand ma prof principale propose une réorientation en BEP à mes parents, ils estiment que mon séjour dans ce grand lycée de centre ville a assez duré et profitent de l'ouverture providentielle d'un lycée flambant neuf dans leur campagne pour me délocaliser. Du coup, puisque je pars, le bahut accepte mon choix d'orientation, qui n'est pas celui de mes géniteurs : 1ere Littéraire. Mon père lève les bras au ciel et implore sa miséricorde pour que je ne finisse pas en fac de philo ou, pire, de psycho. L'ambiance à la maison est tendue (mes parents diraient “infernale” mais ils exagèrent toujours), la Framboiz a l'adolescence un chouille rebelle.
1997
Je suis en khâgne. Contre toute attente, je me suis épanouie au lycée, et ai enfin (toujours avec une pointe d'esprit retord) trouvé ma place. Je me débrouille pour entrer en prépa, y travaille peu mais m'y amuse comme une folle. J'y fais du théâtre, de belles rencontres, des qui passeront, des qui durent (eh oui ma LN, plus de 10 ans tu te rends compte !). Et puis surtout... le Bernard l'Arno et moi arrêtons de nous tourner autour et noux exilons ensemble à Grenoble pour faire nos études, nous éloigner de nos parents et mener la grande vie dans un appart humide, au-dessus d'une 4 voies, avec 1 seul chauffage électrique et des fenêtres qui ne ferment pas. Tout notre fric part en clopes, pizzas, ciné et bouquins. C'est le bonheur.
2002
Agreg' en poche, me voilà prof (presque par accident) depuis 2 ans. Le contact des ados est marrant mais pas toujours simple quand ils ont 19 ans et moi 24. Cette année scolaire sera de toute façon pour moi de courte durée puisqu'un ouragan débarque dans nos vies en nous chamboulant la tête et les tripes. Il s'appelle Pimpreton et a définitivement changé un truc de ouf dans nos petites existences en faisant de nous des parents. Je suis à la fois bouleversée et apaisée par la découverte de la maternité, il semble bien que je sache enfin où regarder quand je marche. Plus besoin de scruter les étoiles, inutile d'investir dans un GPS, ma boussole est là toute en chair et en os. Je me rends compte que toutes ces conneries d'instinct maternel ne sont bien que des foutaises culpabilisantes sûrement inventées par une poignée de machos qui ont dû trouver ça bien commode (ça m'étonnerait pas que l'autre cake de Bettelheim soit de la bande), et découvre toute la pression socialo-familiale qui va avec. Mais le Bernard l'Arno est un allié de choc dans cette bataille quotidienne qu'est le droit de ne pas être Mme Hingalls. C'est avec l'âme légère que je retrouve mes élèves après mon congé maternité : je vais travailler et Pimpreton reste à la maison avec Papa.
2007
Pimpreton va avoir 5 ans, il veut que je lui montre mes seins, me fait un calin et me dit fièrement “voilà j'ai mis un bébé dans le ventre de maman” et insiste pour prendre sa douche avec moi (Oedipe ?). Il a vu arriver une petite Pimprenille il y a 14 mois, il a du mal à croire (et moi aussi) que cette petite tornade qui lui pique ses jouets et se met à hurler dés qu'on lui retire in extremis un scalpe de Playmobil de la bouche, est bien la même que ce petit machin rougeaud qui passaient des journées à roupiller il y a quelques mois. La page du calendrier 2007 est encore presque blanche mais s'annonce riche en bouleversements, impossible de savoir pour l'instant quelles bonnes ou mauvaises surprises elle nous réserve mais à vrai dire peu importe pourvu qu'elle ait son lot. S'il y a bien une chose à laquelle la Framboiz est allergique c'est la tiédeur, alors que ce soit le vent du sud ou le blizzard qui vienne souffler sur cette année ben au final, c'est pareil. Il faut que que les choses bougent autour de moi, que le temps passe et que je le vois passer. L'immobilisme c'est sûrement ma pire angoisse, même quand tout est rose. Imaginez vivre un éternel printemps, c'est pas super flippant ça ? Au final ça reviendrait un peu à vivre dans une sorte d'eau stagnante, sauf que l'eau stagnante, aux Bahamas comme dans le marais Poitevin ben ça croupit. Alors moi si j'ai juste un truc à me souhaiter pour les 9 mois à venir en 2007 ben ce serait ça, keep mooving !
2012
Pimpreton a 10 ans (oh my God !!!!), Pimprenille 6. Il va enfin faire caca tout seul, elle commence à déchiffrer ses livres seule sans pointer tous les trucs de l'image en criant “ta ta”. Il chausse du 38, mesure 1m60 et mange 1 paquer d'Oréo à chaque goûter, elle a 12 Barbie et porte un diadème en plastique argenté même par -25 (par dessus son bonnet). Le Bernard l'Arno commence à avoir des toute petites pattes d'oie au coin des yeux et ne sait plus faire une seule phrase en français sans anglicisme dedans, il sent que ça devient dur d'aligner des nuits de 4h sans ressembler à Philippe Léotard et envisage de bosser autrement. Moi je n'ai plus juste des cheveux blancs, je suis carrément poivre et sel mais je m'en fous, c'est pas de ma faute c'est génétique. Je commence à en avoir sérieusement marre de répéter 89 fois par semaine qu'il faut mettre un subjonctif derrière para que et je songe vraiment à bifurquer niveau boulot.
2017
Je n'enseigne plus. Entre 2 virées bretonnes chez la Turtle pour la ravitailler en sucre d'érable, j'écris. Des romans, des livres de cuisine, ma thèse qui attend depuis 15 ans d'être terminée... ben les 3 allez. Pimpreton a 15 ans (vite qu'on m'apporte mes sels !), mesure 1m86, pue grave des pieds dans ses Nike taille 44, passe ses soirées sur son ordi jusqu'à ce qu'on enlève le fusible de sa chambre tous les jours à 23h, dit “trop” 17 fois par phrase et trouve que les légumes c'est toujours aussi douteux. Pimprenille a 11 ans (allo le 911...) elle entre dans la phase pas marrante... surtout pour une fille je crois... je veux même pas y penser. Moi je vais tranquillement sur mes 40 ans, je claque toujours autant de thunes en chaussures et en plus, comme maintenant j'ai plus de temps et de moyens, je vais au SPA toutes les semaines. J'ai suivi le régime qui fait fureur depuis 2013 et ai perdu 24 kg. Je suis passée sur le billard en janvier pour me faire effacer, grâce à cette nouvelle technique laser révolutionnaire, les vergetures de 3 cm de large que mes grossesses m'ont dessinée sur le ventre. Les enfants sont grands, le fric coule à flots (reste plus qu'à trouver comment), le Bernard l'Arno et moi nous marrions une deuxième fois et partons en lune de miel non pas à Honfleur comme la première fois mais dans un périple qui nous conduit tour à tour en Islande, Australie, Nouvelle Zélande, Argentine, Suède, Afrique du sud et aussi à Cancun pour siroter des margaritas le(s) cul(s) dans le sable. L'est pas belle la vie ?
Et parce que ça creuse de se regarder dans le blanc du nombril (je bronze jamais en 2 pièces), ben une petite douceur absolument succulente le matin au petit déj' au goûter, et prête en 20 minutes chrono. Si c'est pas merveilleux ça. Comme je suis une grosse fan des scones de chez Starbucks mais que je ne peux m'empêcher de les trouver vraiment trop sucrés je m'évertue depuis quelques temps à les copier version homemade. Cette première tentative de répliques des Lemon cranberry scones est un succès total, prochain épisode : Maple oat nut scones.
Scones au citron et aux canneberges
250 g de farine blanche
3 cuillères à soupe de sucre
1 cuillère à soupe de levure chimique
½ cuillère à café de sel
75 g de beurre
250 ml de crème liquide
50 g de canneberges séchées
le zeste d'un citron
Optionnel : 200 g de sucre glace + le jus d'un citron
Préchauffer le four à 200°C / 400°F.
Au robot (equipé de la lame), mélanger la farine, le sucre, la levure et le sel. 3 ou 4 pulsations devraient suffire. Ajouter le beurre bien froid coupé en dés, lesle zeste de citron avant de redonner une douzaine de pulsations. On doit obtenir une grosse semoule sableuse avec encore de gros grumeaux de beurre. Ajouter les canneberges et pulser encore une fois.
Transvaser le tout dans un grand saladier, ajouter la crème et mélanger jusqu'à ce qu'une pâte commence à se former. 30 secondes pas plus !! Plus on malaxe tout ça, plus le scone est compact voire dur comme de la brique !
Tasser la pâte dans un moule à manquer, et la retourner aussitôt sur une planche à découper. Couper la pâte (ronde donc) en 8 quartiers et mettre ces quartiers sur une plaque à biscuits couverte de papier sulfurisé ou sur un Silpat. (si on veut on peut faire tout ça la veille au soir et ranger la plaque au frigo, comme ça on a plus qu'à enfourner au moment du petit déj')
Faire cuire une quinzaine de minutes. Le dessus doit être doré mais pas trop et les coins ont un peu bruni. Faire refroidir un peu et déguster tiède.
Pour faire encore plus comme au Starbucks on peut les napper d'un petit glaçage vite fait : le jus d'un citron mélangé à 200 g de sucre glace.
